Pr Serigne Mor MBAYE : “la mission des parents est autre que nourrir…”

Pr Serigne Mor MBAYE, psychologue

Nous vivons dans un contexte de crise depuis plusieurs décennies. Une crise des institutions dont particulièrement l’institution familiale. C’est à partir des familles qu’on produit des identités remarquables. Des enfants qui naissent, qui grandissent et qui deviennent des personnalités adultes. Lorsque l’institution productrice est en crise, naturellement, le développement de l’enfant en est affecté. Dans un contexte politique aussi, nous n’avons pas de projet de société.

Chaque société éduque ses enfants en fonction de ce qu’elle attend d’eux. Aujourd’hui, chaque cellule familiale éduque en fonction de ce qu’elle possède comme expérience. L’éducation est passée du groupe familial élargi au couple parental. Pour prendre mon exemple, à notre époque, nous étions éduqués avec des personnages sur numéraires au-delà des parents biologiques. Des adultes qui avaient une conscience aiguë de leurs prérogatives d’éducation et de protection. S’y rajoute, une faiblesse des rites et des rituels. Une société a besoin de mécanismes sociaux qui aident à configurer des attitudes et comportements qui permettent à l’individu d’avoir des aptitudes sociales. Ces aptitudes là ont disparu. C’est ce contexte là que nous vivons. 

Au bout d’une dizaine d’années d’exercice et de présence dans ce pays, il nous faut un vaste programme d’éducation des parents d’où l’école des parents. Pour ainsi apporter aux parents des informations d’ordre général sur les besoins de développement de l’enfant. Etre parent devient un métier parce qu’on est seul à devoir faire face, sachant la complexité de l’humain. Et, dans mon projet, il faut réhabiliter les rites et les rituels positifs qui peuvent accompagner “l’élevage” de nos enfants et nourrir son imaginaire en évitant la télévision. 

Quelles sont les pathologies que cela amène :

  • Des troubles du comportement et de la relation
  • Des troubles identitaires, d‘où des relations conflictuelles entre parents et enfants (violences, situation de maltraitance, d’exclusion, d’abandon)

Un exemple patent est le déferlement de mendiants dans les rues de Dakar et dans l’intérieur du Sénégal. Pour s’occuper d’un enfant, il faut l’aimer, et pour l’aimer, il faut pouvoir interagir avec lui. Un enfant qui grandit sans amour, erre dans une vacuité totale. J’accompagne depuis trois décennies des familles, j’ai eu à accompagner des familles qui arrivent avec des enfants qui ont des troubles du comportement à l’adolescence en termes de développement cognitif, psychomoteur, … Et tout cela est lié à des institutions familiales qui n’ont pas été accompagné. 

Pour ainsi dire, la mission des parents est autre que nourrir. Il faudrait que le parent comprenne et qu’il soit disponible. Bon nombre de parents sont surpris par l’adolescence. Quand survient cette période, les adultes devraient jouer le rôle d’ami, de conseiller et d’accompagnateur. Les parents devraient jouer le premier rôle de support pour éviter des dérives à leurs enfants. 

Par contre, La faute n’incombe pas qu’aux parents, mais à ceux qui gouvernent. La base de la construction d’un projet de société repose sur les ressources humaines. Recruter des éducateurs spécialisés, qui peuvent faire de la médiation familiale et apporter des informations d’ordre général sur les besoins de développement des enfants. Il faut également une solidarité des acteurs de l’école avec des psychologues bien formés dans le système au delà de l’AEMO (l’Action Educative A milieu ouvert). Notre richesse , c’est des ressources humaines qualitatives. L’urgence c’est donc d’investir sur les jeunes générations chargées d’élaborer le futur en accompagnant les institutions familiales.

Un autre point à souligner est l’éducation des hommes. Il est nécessaire pour la figure paternelle d’être présent et de pouvoir interagir avec l’enfant à des fins de pouvoir l’écouter sur ses angoisses. L’homme doit aussi porter l’enfant dans son ventre et arrêter de jouer le rôle de simple pourvoyeur économique. 

Nous devons opérer des ruptures parce que l’éducation suppose d’abord que tu sois savant et que tu puisses accompagner un enfant. Il est donc important de se réadapter aux nouvelles réalités en s’adossant sur nos ressources. 

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